28.1.11

aujourd'hui rien.


sensation d'inextricable.

taux de misanthropie 98%

mais promis, je n'en tuerai aucun quand bien même cela me démangerait,
me démange,
me démangera.

je me tiens éloignée des alcools blancs (secs).

en conséquence :
recours inéluctable aux armes chimiques lissantes.

contre moi-même, que l'on se rassure.

la désespérance rend encore plus autocentrés les autocentrés,
braves gens, c'est sans risque.

je remise mes idées de bombe à neutrons,
je sors sans couteau,
je n'utilise pas mon sac à main comme une arme offensive,
quand bien même il contienne de quoi en assommer durablement quelques uns.

j'entre souriante dans le bureau, mon bonjour s'accompagne d'une esquisse de révérence, je pose les documents sur la table, mets la facture en évidence, fais conversation anodine de rigueur sans évoquer le règlement de la facture sus-mentionnée, accepte les livres et les copies d'écran des maquettes. je ressors sans avoir troublé la douce ambiance de la routine du lieu.

dans le métro, vide à l'heure des oisifs, j'ôte tout de même ces putains d'escarpins à la con pour les remplacer par des ballerines. je ne me sens vraiment pas d'humeur à péter 7cm au dessus de la position coutumière de mon cul.

Boulevard de Belleville, la tête qui tourne.
chercher des yeux les repères, les images facilement séduisantes du lieu, retrouver un semblant de tenue.

tenir.
tenir.
savoir se tenir,
même si l'on ne tient plus.

le dos droit, descendre ce qui reste de Boulevard, jusqu'au croisement, jusqu'à la porte de l'immeuble.
monter les 4 étages.
compter les heures jusqu'à sa voix au téléphone.
compter l'argent qui reste pour les jours prochains.

compter sur mon imagination, ma débrouillardise, ma motivation, ma force de caractère et toutes ces conneries pour trouver des solutions quand le reste des comptes est mauvais.


finalement, comme parfois Kafka dans son journal :
"Aujourd'hui, rien."

27.1.11

nous autres je(s).

et lui, il pourrait être un peu plus raisonnable que je le suis pour équilibrer les choses. mais non, le courrier à peine ouvert s'entasse dans la housse de sa guitare. il perd une quantité impressionnante de choses, il en oublie certaines de manière récurrente. il manque ses rendez-vous chez l'ophtalmo, et lorsqu'il note quelque chose, c'est sur un papier qu'il ne saura pas retrouver.
depuis que nous nous connaissons, nous avons dormi à Malakoff, aux Lilas, à Montreuil, dans 3 lits différents à Cherbourg, à St Nicolas, à Caen, dans 5 appartements différents à Paris, à St Carré et à Quimper.
et avant de le connaître, j'ai fait tout le tour de Paris, chez des amants ou des amis. Et ces villes de province avec le travail : Brest, Arras, Bordeaux, Montpellier, Sète, Rennes, Nantes, Lille et tant d'autres. aussi, jusqu'à s'inventer dans une langue étrangère, jusqu'au silence en faisant le tour de l'Europe et plus loin. puis avec le temps, reperdre toutes les langues de mon histoire pour n'en garder qu'une seule, celle que l'on parle là où je suis la seule à être née : le français.

lui n'a pas grandi dans plusieurs langues, il a voyagé moins loin que moi. mais il a été élevé avec la mer, face à la mer. il a adopté l'anglais, aussi l'espagnol. et surtout, il parle et écrit cette langue qui parle à toutes : la musique.

Je et mes autres.

il y a là quelque chose à raconter. cela pourrait s'appeler Histoire d'errance ou Comment j'ai réussi à vivre chez les autres pendant plus de deux ans.
on peut imaginer que j'aurais photographié tous les lits où j'ai dormi, tous les endroits où j'ai travaillé. le jardin à St Nicolas, la cuisine ou la baignoire à Cherbourg, la petite table en mosaïque dans le XVIIIème, le bureau à Belleville ou la chambre rouge à Caen. et autour, en texte, je tenterai de transmettre l'ambiance spécifique à chaque lieu, raconter ce qu'il m'a donné de calme ou d'agitation, d'apaisement et de stimulation.

je quittais un appartement peu cher, mais où j'avais trop de souvenirs pour continuer à y vivre. en restant à Paris, il y avait la question du loyer à payer et de cette lubie à régulièrement m'arrêter de travailler. même si, à vrai dire, même lorsque je travaille, ça ne me coûte jamais trop de temps ou d'énergie pour gagner convenablement ma vie et satisfaire aux besoins basiques et aux extras. puis, à la différence de ce que m'a imposé mon éducation, je n'ai que très peu d'intérêt pour l'argent, l'ambition, la réussite sociale. au grand désespoir de quantité de personnes qui m'entourent, tout cela me passe absolument au-dessus de la tête. je ne sais penser qu'en terme de plaisir que je prends aux choses. si j'ai une ambition, elle est là : me faire plaisir. une certaine paresse, mais pas seulement.
même, à l'inverse des dispositions communes, la possession m'angoisse, comme un enchaînement. si j'avais le permis de conduire, peut-être que finalement, comme Pierre Guyotat ou Violette Leduc, je finirais par ne plus avoir d'appartement du tout et vivre dans ma voiture, sur les routes, chez des amis. je n'ai jamais eu ce fantasme d'acheter une maison, pour à la fin de ma vie, me dire que je me serais ancrée quelque part. pour moi, ce n'est pas rassurant, il s'y attache l'idée d'avoir abdiqué.
mon nom sur la boîte aux lettres, les factures, les courriers qui arrivent à date dite, tout cela me cause toujours une tension, une sensation d'étouffement. comme si tous ces signes de la vie administrative, quand bien même dérisoires, m'oppressaient. c'est arrivé au point où aujourd'hui, je n'ai même plus un compte bancaire à mon nom, même plus de carte d'identité. je voudrais être effacée pour cette partie-là de l'existence.
mais c'est d'abord agi, presque malgré moi, par le hasard des événements. ce n'est pas le fruit d'une théorie élaborée. c'est seulement m'apercevant que peu à peu, j'effaçais mes traces, que j'ai commencé d'interroger cette chose-là, cette manière de ne pas satisfaire à ces obligations qui semblent absolument naturelles à la plupart de mes contemporains. c'est comme ça, je ne vis que dans la suspension, l'anonymat, l'indécision. ce vague, c'est comme vivre quantité de vies possibles à la fois.

bien sûr, il y a des situations où tout cela se retourne contre moi. je ne compte plus les fois où j'ai manqué de finir la nuit au poste de police parce que je n'ai pas de carte d'identité, les moments où je n'ai pas pu m'acquitter d'un paiement ou recevoir un versement parce que je n'ai pas de compte en banque. pourtant avec le temps, je me suis découvert un entêtement à continuer à vivre comme cela.
mais, il y a là dedans quelque chose qui me gène : je n'arrive pas à accepter que ma liberté soit au prix d'un certain parasitage des autres. même si un ami, quelqu'un comme un clochard céleste, m'a mille fois répété qu'il y avait de bons parasites, dont il se sent lui. je n'accepte pas cet aspect des choses.

idéalement, vivre en colocation, mais que mon nom n'apparaisse nulle part ou peut-être seulement mes initiales. ou aller d'hôtel en hôtel, payer en espèces et donner un faux nom, celui d'un personnage de roman, l'anagramme du nom d'un écrivain qui m'est cher ou un nom totalement inventé. je le faisais en déplacement pour le travail, je le fais lorsque je voyage. avec d'autres noms que le mien, que celui imposé par la famille et non, ce serait pourtant plus parlant : une généalogie littéraire, une mythologie personnelle. comme si lorsqu'on m'appelait, mon être débordait toujours du nom qu'on lui a donné.

26.1.11

ce qui sera.

mon matin est un midi. la rue du Faubourg du Temple engorgée de voitures et le boucher qui fume sur le trottoir. matin pâteux des lendemains d'ivresse, la tête encore lourde devant le percolateur.

il y a une certaine tristesse, une rage et la distance qui de nuit en nuit brûle la peau.

et, c'est vrai, il y a aussi la joie de revoir les amis d'ici.
depuis mon retour, un thé avec J., un peu entre deux portes. Le tour du quartier avec N. et tout mon alphabet jusqu'à hier au soir avec T., parfait toujours. ses gestes comme le tango argentin, alcool grandiose et phrases acérées.
nos caches dans la ville énorme, comme les bouges des ports accostés ensemble. ce qui de tous nos voyages, de toutes nos lectures, vient gonfler la conversation au point, à un certain moment inévitable, du fou rire.
les mains qui tremblent et le regard vague, mais au delà de tout cela, force et furie de se refaire après les chutes et les désespérances. L'appétit des fauves, un peu cruel, à déchiqueter l'existence, rouge avec les dents. et que ça saigne pourvu que l'on ne soit jamais repu.

ce qui manque et bien sûr, ce qui est.
et quoi qu'on en dise, ce désespoir colérique donne l'énergie du mieux. la vie à bras le corps.
non dans l'amère contemplation des échecs, mais avec assez d'ironie pour jouer encore et encore, miser, même s'il faut tout reperdre.

tout ce qui est, cependant, à l'heure du chien loup ou à 3 heures du matin, ce que les réverbères allument dans les regards. les rues torves qui s'accrochent à la butte ou les larges boulevards qui creusent l'horizon lorsque rendus à la contemplation.
rien que cela

25.1.11

?

pourquoi la plupart des humains pensent-ils qu'il faut employer un vocabulaire ronflant et vieilli pour avoir l'air de bien écrire ?

il faudrait leur dire que généralement, le résultat est désastreux et artificiel.
le rendu fait plus penser à une mauvaise rédaction de 5ème suite à la leçon sur les registres de langue qu'à un texte littéraire.

Paris chichis.

Refaire la vie d'ici, le dos droit dans le métro.
Appeler les amis, écrire à ceux qui sont loin.
Penser à lui, de manière obsessionnelle et attentive.

Et le travail alimentaire ou pas.
Des trucs de parisienne à la con : réseau, pince-fesses, sourire convenu, on en est s'il faut en être, on a vu s'il faut avoir vu.
Prescriptif dictatorial des happy few de la culture d'élite.

je baille souvent, je mets les pieds sur la table ou le bureau, je joue avec une mèche de cheveux et dis : je m'ennuie, Diable quel ennui !
C'est pour la pose, les spectateurs en prennent acte.

Mon personnage qu'eux connaissent bien : mi-bourgeoise, mi-déglingue.
Renverser la dichotomie Paris province à la Balzac, ça peut distraire dans les dîners, mais à vrai dire, ça m'emmerde absolument.
Et même me saouler ne m'amuse plus.
J'ai la vodka triste comme un dimanche d'hiver.

Avant lui, je vivais très ironiquement entre trois ou quatre amants, plus des extras. En matière d'expérience, je pouvais témoigner d'une connaissance très approfondie des sites de rencontres.
Et pas seulement.
Guérison maladive au long cours après un amour lumineux.
J'habitais en colocation dans le XVIIIème arrondissement, côté popu, de l'espace pour une bouchée de pain.
Mais jamais aucun des types rencontrés n'est venu chez moi.
Territoire secret, préservé.
Bien plus intimes que mon propre corps, les lieux de mon quotidien.

Dépuis, l'immeuble a été revendu à un promoteur.
Sa façade gonflée d'orgueil putasse entre standing et bohème.

Tout semble inepte.
Discours commercial même dans les conversations les plus anodines.
Vente de soi au plus offrant en masquant les défauts de fabrication.

Lui, lui, lui, sa voix au téléphone.
Lui, la rue à l'heure où les fauves vont boire, les braises sous la peau.
Lui, furieusement ivre, le désespoir colérique et son regard d'orage.

Lui et moi, cette chose-là, vivre après les désastres et y croire encore.
L'entêtement.

Ici, la mollesse aigre de ce que l'ambition a d'étriqué me donne quotidiennement la nausée.

24.1.11

Comme chez soi.

gris, gris, gris.
et flottant.

Ce qui manque de là-bas, une ivresse, l'intensité.
Paris devenue trop lente et molle.
Couche-tôt de cadres en bonnets de nuit.

Finalement, s'enfermer.
La chambre accueillante, des heures isolée par la musique furieuse 
ou le silence du sommeil des autres.

Les fêtes qui crachent des rires chargés d'alcool par la fenêtre sur le boulevard, ça ennuie d'avance.
Passer à peine. déposer le manteau dans l'entrée.
En embrasser quelques uns.
Boire un verre ou deux dans la cuisine surpeuplée.
Partir tôt en prétextant la fatigue ou une affreuse migraine. 

Les rues désertes.
l'appareil photo à la main.
La magie est brisée.

Rentrer seule.
Se coucher dans lui.
Son absence plus presente que tous ceux qui s'offrent en désir compensatoire ou exutoire.

Désormais, quelque chose d'ici est mort pour moi. Une attache. Les marques, les repères ne sont plus l'émotion du souvenir ravivé. C'est l'impossible du futur dans un présent contrarié. Il y a les amis, et même en eux je choisis ceux qui me laissent refaire ce que nous faisions ensemble, ce que notre histoire à ancré d'amour autour des berges du canal désormais hérissées de barrières, creusées de tranchées d'où s'écoule une boue jaunasse de terre sableuse.

Ces derniers mois à changer si souvent de ville, son corps contre le mien dans un lit ou un autre, est devenu mon seul territoire. Aujourd'hui, chez moi à Paris sans lui, je suis comme en exil.

Toute ma vie dans quelques sacs et mes habitudes pour prendre possession d'un lieu, quel qu'il soit. Les livres et les carnets à côté du lit. Autour, certaines dispositions de confort et de beauté.
Et lui.